Histoire

Le collège industriel

L’idée d’implanter l’enseignement maritime à Rimouski remonte au milieu du XIXe siècle. C’est en effet en 1853 qu’on en entendit parler pour la première fois. Le curé de la paroisse Saint-Germain de Rimouski, l’abbé Cyprien Tanguay, adressa une demande à l’Archevêque de Québec pour établir un « collège industriel où l’on instruira les jeunes gens qui se destineront au commerce, à l’agriculture, aux arts mécaniques et à la navigation ».

Vouloir établir un tel collège en 1853 était une entreprise assez périlleuse. Il faut se rappeler qu’à cette époque, Rimouski était une toute petite ville. De plus, pour établir une école ou un collège il fallait obtenir l’autorisation de la hiérarchie ecclésiastique.

Le 7 février 1854, Monseigneur Turgeon, de Québec, accepta la demande de l’abbé Tanguay. Au printemps 1855, le Collège industriel de Saint-Germain de Rimouski ouvrit ses portes dans une maison située non loin des locaux actuels de l’Institut. Plus tard, à cause de ressources financières insuffisantes, l’orientation du Collège fut graduellement modifiée et le 24 décembre 1870, on le transforma en séminaire.

La création d’un Collège industriel à Rimouski en 1853 constituait une réponse au besoin du milieu. La formation de main-d’œuvre qualifiée était aussi nécessaire à ce moment-là qu’elle peut l’être aujourd’hui.

La relance de l’enseignement maritime à Rimouski

La fin du XIXe siècle et le début du XXe furent l’occasion de multiples changements dans l’exploitation des ressources maritimes et dans le transport. Le moteur à vapeur supplanta la voile et fut à son tour remplacé par le moteur diesel. Ce fut aussi l’âge d’or des grandes compagnies de navigation avec les paquebots. Tout cela produisit une effervescence importante dans le domaine maritime et sur les ports de la côte Est. La région en était bien consciente, elle qui avait un long passé maritime. Il ne fut donc pas surprenant qu’en 1937, le principal homme d’affaires rimouskois, M. Jules A. Brillant, relance publiquement l’idée de la création d’une école de marine à Rimouski.

L’idée ne plut pas à tout le monde. Les marins n’avaient pas très bonne réputation et l’on tenait à sauvegarder les bonnes mœurs de la population. L’Église appuya toutefois le projet mais la lutte fut fort ardue et dura jusqu’en 1943. Le 11 septembre 1943, le ministre fédéral des transports, M. J.E. Michaud, autorisa l’établissement « d’une école élémentaire de génie maritime » à Rimouski. Il vint d’ailleurs inaugurer l’École le 24 mai 1944.

La première rentrée scolaire se fit en septembre 1944. L’École était alors administrée par l’École des arts et métiers de la Corporation du séminaire Saint-Germain de Rimouski. Elle était sise à l’angle des rues Saint-Louis et Sainte-Marie.

L’enseignement

Dès ses débuts, l’École de marine de Rimouski offrit trois cours réguliers, sanctionnés par trois différentes certifications.

Il y avait d’abord la formation en navigation qui préparait aux brevets de capitaine, premier officier et second officier au long cours. Il s’agissait d’un programme d’études fort chargé s’étendant sur deux ans. La deuxième formation était en mécanique. Elle préparait aux brevets de mécanicien de quatrième, troisième, deuxième et première classe. Jusqu’en septembre 1945, ces cours furent donnés sous l’égide des « Cours de Guerre ». La formation en mécanique durait trois ans. Le programme était aussi chargé qu’en navigation. Les débuts furent très lents malgré une grave pénurie de mécaniciens de marine au Canada. Il a fallu attendre jusqu’en avril 1952 avant que n’ait lieu la première promotion, malgré le fait que les élèves se trouvaient facilement du travail. La troisième formation offerte en 1944 préparait les candidats à l’obtention d’un premier brevet de service côtier. Il s’agissait d’un cours abrégé pour ceux qui avait déjà effectué du temps de mer. Pour la rentrée de 1950, l’École ajouta à ses programmes la radiotélégraphie marine. Au début, ce programme avait une durée de deux ans. Les premiers diplômés dans ce domaine quittèrent l’École en 1954.

Le navire-école Le Saint-BarnabéLeSaint-Barnabé

En août 1945, le ministre provincial, M. Omer Côté, reçoit une demande de l’École de marine qui désirait être dotée d’un navire-école et de tout le matériel nécessaire à l’enseignement de la navigation. La demande a été transmise au ministre des Transports à Ottawa, M. Douglas C. Abbott. La réponse vint rapidement et en septembre de la même année, l’École reçut trois Fairmiles en provenance d’Halifax et cela, à titre de prêt indéfini. Les trois navires furent hivernés à l’Île d’Orléans.

En mars 1947, les coques de deux navires furent vendues. Tout l’équipement de navigation des navires avait été au préalable déménagé à l’École. Le Fairmile mesurait cent dix pieds de longueur et dix-huit pieds de largeur. Il jaugeait quatre vingt-six tonneaux. La coque était faite de deux rangs de planches de bois superposés en croisé. La coque du troisième Fairmile était en très mauvaise condition et fut coulée au large du Bic.

En juin 1947, on décida d’acheter un nouveau Fairmile, tout équipé. Ce type de navire était propulsé par un moteur Rolls-Royce à essence. Il n’était pas question d’utiliser un tel moyen de propulsion à cause du prix du combustible. On installa plutôt deux moteurs diesel de marque Buda, de 500 CV chacun, qui consommait seulement dix gallons à l’heure. Ce navire pouvait atteindre une vitesse de seize nœuds.

Construit pour la Marine royale canadienne, le Fairmile fut converti en navire-école dans un chantier de l’Île d’Orléans. Une fois transformé, il put accommoder trente-six élèves et officiers. Il était muni de tous les appareils les plus modernes à l’époque : radar, radiotéléphone, gyrocompas, sondeur, etc. Il avait une autonomie de dix jours. Il fut baptisé le 28 octobre 1948 sous le nom Le Saint-Barnabé. Il fit de nombreuses croisières et demeura en service jusqu’en décembre 1958. En plus de faciliter une formation pratique aux élèves, les croisières étaient l’occasion de faire connaître l’École et d’en faire la promotion. Les journaux de l’époque ne manquaient jamais l’occasion de souligner le passage du Saint-Barnabé.

La construction d’une nouvelle école

Le 6 mai 1950, Rimouski fut le théâtre d’un incendie majeur. Vers les 18 h, les pompiers furent appelés à combattre un feu qui s’était déclaré dans la cour à bois de la compagnie Price. Les combattants de l’incendie en perdirent vite le contrôle et des tisons furent transportés à l’est de la rivière Rimouski. Toute une partie de la ville commença à s’enflammer. Les élèves de l’École de marine furent mis à contribution pour combattre l’élément destructeur. Ils tentèrent de protéger les ateliers de l’École mais sans succès. Le 7 mai 1950, Rimouski n’avait plus d’école de marine. Lorsque les autorités locales exprimèrent le désir de construire un nouvel édifice, le gouvernement les avisa qu’il était d’accord mais que ça ne se ferait pas à Rimouski. C’était un affront que l’abbé Antoine Gagnon et M. Jules A. Brillant ne pouvaient supporter. Ils laissèrent les discussions se poursuivre et entreprirent immédiatement la construction d’une nouvelle école. Lorsque les hauts fonctionnaires se présentèrent à Rimouski, les fondations et les murs extérieurs étaient déjà en place. Le gouvernement dut s’incliner ! Le nouvel édifice, sis rue Saint-Louis, était fait de pierres et de briques et se voulait à l’épreuve du feu.

Le Saint-Barnabé II

À l’automne 1958, le capitaine Jacques Gendron est en Europe à la recherche d’un nouveau navire-école pour l’Institut. Il a pour mission de dénicher un bâtiment convenable, mais au prix le plus bas possible. « Pas un centime de plus que 100 000$ » avait ordonné le premier ministre du Québec, l’honorable Maurice Duplessis.

Après avoir visité plusieurs navires, le capitaine Gendron opta pour le Torlundy. Il mesurait cent cinquante-six pieds de longueur et vingt-deux pieds de largeur. Il jaugeait trois cent vingt-neuf tonneaux. Il avait été construit en 1945, à Port Glasgow, pour le compte de l’Amirauté britannique, pour servir en Birmanie.

Le capitaine Gendron et M. Michael Moyle prirent possession du nouveau navire en novembre 1958 et arrivèrent à Halifax en janvier 1959. Au printemps, il fut emmené à Québec pour subir diverses transformations et quelques réparations. Le Torlundy fut baptisé Saint-Barnabé II. Quelques années plus tard, à la suite de problèmes politiques et de dépassement de coûts, l’Institut de marine se retrouva avec un bâtiment qui avait fière allure, mais qui n’était pas vraiment en état de prendre la mer. Il fut mis au rancart au printemps 1963.

La formation maritime de plus en plus populaire

L’existence de l’Institut maritime à Rimouski a créé un mouvement favorisant la formation des marins. Lorsque l’Institut fut mis sur pied, le niveau moyen de scolarisation chez les marins francophones canadiens se situait à sept années de scolarité. Trente ans plus tard, les diplômés possédaient un diplôme qui équivalait à quatorze ans de scolarité.

La popularité de l’Institut entraîna le développement de plusieurs initiatives dans le domaine de la formation maritime. Par exemple, en 1963, à Québec, M. Eduardo Weis fondait l’École d’architecture navale. C’était une école privée destinée à former des architectes navals. À l’époque, il y avait un réel besoin dans tous les chantiers maritimes mais les grandes entreprises recrutaient à l’étranger, particulièrement au Royaume-Uni. À cause de ce contexte et d’un manque de volonté des gouvernements, M. Weis dut mettre fin à son entreprise deux ans seulement après sa fondation. La formation en techniques d’architecture navale est maintenant assurée par l’Institut maritime du Québec. Cependant, pour poursuivre des études supérieures, les diplômés doivent fréquenter des universités à l’extérieur du Québec.

Une onde de choc

Au début des années 1960, le Québec était en pleine effervescence. L’ouverture sur le monde provoquée par la Seconde Guerre mondiale, l’apparition des médias de masse au cours des années 1950 et l’arrivée en grand nombre de jeunes nés après les hostilités, firent en sorte que la société changea rapidement. L’École de marine, fondée en 1944, avait fait sa place. Le nombre d’élèves au cours régulier était passé à quatre-vingt-treize en 1960. Pour en accueillir davantage, il fallait agrandir ou reconstruire ailleurs. Le fait que l’École soit la seule de son genre au pays lui donnait un statut particulier, mais pas toujours à son avantage.

Le mercredi 14 juin 1961, la Commission Tremblay, créée par le gouvernement provincial, était de passage à Rimouski. Les dirigeants de l’Institut de marine de même que ceux d’autres écoles avaient été invités à présenter leurs points de vue. L’officier commandant présenta un mémoire qui causa un choc au sein de l’élite rimouskoise. Il suggérait l’établissement de l’Institut de marine dans un édifice neuf dans la Vieille Capitale, ville portuaire. Le Directeur de l’Institut venait de déclencher une tempête qui couvait depuis des années. Il portait un jugement d’une grande sévérité sur le milieu rimouskois et sur les conditions faites à son école.

L’onde de choc ainsi provoquée secoua l’élite rimouskoise qui entreprit une lutte à finir pour conserver l’Institut à Rimouski. L’honorable Jules A. Brillant, toujours bien informé, n’avait pas attendu le dépôt du mémoire pour réagir. Il s’était adressé à l’honorable Paul Gérin-Lajoie, par lettre et de vive voix, l’enjoignant de ne pas déménager l’Institut. Quelques jours avant le dépôt du mémoire, il fit connaître au directeur son opinion qui ne laissait place à aucune interprétation.

En juillet 1964, le Ministre créa un comité consultatif sur l’enseignement maritime au Québec. Ce comité recommanda que Québec et Montréal deviennent des centres de formation tout en affirmant qu’il n’était pas question de diminuer ou de faire disparaître l’institut rimouskois. De plus, il proposait la création d’une Direction de l’enseignement maritime au Québec. De 1965 à 1974, la bataille pour la localisation de l’Institut maritime est devenue de plus en plus âpre. On voulait l’installer à Lauzon, au port de Québec ou sur la rue Saint-Pierre. Le 18 mai 1971, le gouvernement adopta un arrêté en conseil qui stipulait que le cégep François-Xavier-Garneau avait tous les pouvoirs pour regrouper les enseignements offerts à Rimouski et à Québec. Cette fois, l’Institut à Rimouski semblait condamné à une disparition rapide. En 1973, M. Claude Saint-Hilaire, député et maire de Rimouski, avec la collaboration de la Chambre de commerce, reprenait le bâton du pèlerin et promettait de rapatrier l’enseignement maritime à Rimouski. Enfin en 1974, cela faisait trente ans que l’enseignement maritime était donné à Rimouski, l’annonce faite par MM. Bourassa et Saint-Hilaire que : « l’Institut de marine demeurerait à Rimouski… peut être ! » fut pour la population de Rimouski la plus belle invitation à commémorer cet événement. Il y eu encore quelques tentatives pour renverser cette décision mais l’arrivée du Parti Québécois au pouvoir mit un terme à la rivalité entre Québec et Rimouski. Le nouveau ministre de l’Éducation annonça, le 27 mai 1977, que l’Institut serait définitivement localisé à Rimouski. Cette annonce venait mettre un terme à une lutte qui perdurait depuis 1962. On espérait maintenant que l’Institut maritime puisse s’engager sur la voie d’un développement serein et harmonieux.

En 1980, l’achat et la transformation de l’institut Monseigneur-Courchesne par la Corporation du Cégep de Rimouski pour accueillir l’Institut marquera d’une façon définitive le port d’attache de cet établissement d’enseignement à Rimouski. Ce déménagement permettra également l’installation de nouveaux laboratoires et d’ateliers dotés d’équipements à la fine pointe.

Conclusion

« À travers vents et marées » relate les grandes étapes du développement d’une institution québécoise qui a vu le jour en région et qui, au fil des années, malgré tout, a su préserver et étendre sa mission exclusive de formation au Québec, préserver ses acquis et amplifier sans cesse son rayonnement.

« L’I.M.Q. ou l’incessant combat », tel aurait pu être également le titre de cet ouvrage tant les batailles pour bien établir l’enseignement maritime au Québec ont été nombreuses, souvent très longues, mais constamment riches d’enseignements et d’expériences.

Aujourd’hui, solidement ancré dans son milieu et fortement associé à celui qu’il sert depuis 1944, l’Institut maritime du Québec symbolise l’excellence pour la plupart de ses diplômés. Pour toutes les personnes qu’il a employées, il est synonyme de combat. Pour tous ceux et celles qui l’ont vu se développer en région, il incarne, comme le dit sa devise, « La vigilance et le courage », d’une institution qui a atteint sa pleine maturité.

Le texte précédent a été tiré de la publication souvenir du 50e  anniversaire de l’Institut maritime du Québec « À travers vents et  marées » (Coordination du projet : Jean Lavigne, agent d’information),  résumée en 2004 pour le 60e anniversaire de la fondation de l’Institut maritime du Québec par Roland Lavoie.

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